17-24-31 mars - Cycle burlesque



Du 17 au 31 mars : Cycle Burlesque

Trois séances pour trois réalisateurs qui ont en commun cet amour du burlesque, du cirque et de la figure clownesque en particulier. Leur style, c’est avant tout un comique visuel et un jeu sur le corps. Dotés d’un sens de l’observation, ils voient le monde environnant comme un spectacle perpétuel et portent un regard décalé sur le quotidien. À travers des personnages éprouvant quelque difficulté à s’adapter à leur environnement, ils nous font prendre conscience de certains aspects biscornus (parfois absurdes) de la société : le gadgétisme des technologies modernes, l’exhibition de la marchandise, la croissance exponentielle du nombre de voitures en circulation, etc.

On pense évidemment directement à Jacques Tati, que tout le monde connaît. Mais qui connaît encore Pierre Étaix ? À côté de ses activités de dessinateur et de clown,Étaix a notamment été l’assistant de Tati sur Mon oncle. Il a également réalisé plusieurs films dont Le soupirant (1962), où il incarne un amoureux timide et maladroit, rendant hommage au style burlesque d’Harry Langdon tout en enveloppant le film d’une certaine poésie. Méconnu lui aussi, ami de Boris Lehman et élève d’Henri Storck, Patrick Van Antwerpen s’inscrit dans cette même veine. Partant toujours de situations anodines tirées du quotidien, ses films se situent à mi-chemin entre le comique de Tati et l’absurdité de Beckett.

Jeudi 17 mars : Pierre Etaix

«Il Étaix une fois» un homme qui substituait à son apparence naturelle la silhouette d’un clown et qui se grimait le visage de blanc. Le clown était aussi cinéaste, dont l’oeuvre d’une vie entière vouée aux arts (du spectacle, du cinéma, du dessin, etc.) a été mise en péril par des producteurs qui n’avaient d’autre souci que de faire de l’argent et empêchaient le cinéaste de montrer ses films. Après de longs et pénibles imbroglios juridiques, l’oeuvre de Pierre Etaix est à nouveau disponible et restaurée.

Avant d’être cinéaste, Pierre Étaix travaille comme dessinateur de storyboard, affichiste et gagman pour Jacques Tati. La polyphonie visuelle du trajet de Monsieur Hulot dans la maison de Mon oncle ou encore l’affiche de ce même film : signés Pierre Étaix. Dessiner est un art qu’il met au service du cinéma pour les autres et ensuite pour lui-même. C’est grâce aux crayons qu’il parvient à mettre en place les détails essentiels d’un rire provoqué, d’un gag réussi. A ses côtés, son comparse Jean-Claude Carrière, scénariste prolifique, l’accompagne sur les chemins du gag et du slapstick américain, avec le même enthousisame pour une figure de proue de la tradition burlesque : Buster Keaton. Tous deux s’amusent à incarner Laurel et Hardy, dont ils adoptent les farces des plus déjantées, réinventant ainsi une tradition autour d’esquisses et d’éclats de rire.

Heureux anniversaire (1962, DVD, 12’)
Le soupirant (1962, DVD, 83’)

Jeudi 24 mars : Jacques Tati

Six longs métrages auront suffi à Jacques Tati pour laisser une empreinte indélébile sur le cinéma moderne au niveau mondial. Monsieur Hulot c’est une silhouette très allongée, une pipe au bec et un air faussement naïf qui scrute le quotidien dans ce qu’il a de plus cocasse. Composés de suites de situations loufoques, les films de Tati donnent au burlesque une dimension nouvelle avec un personnage plus observateur qu’acteur. L’errance moderne de cet acteur/réalisateur dans des décors, d’avec lesquels il est en décalage complet, forgent le style si particulier de films inoubliables tels que Playtime et Les Vacances de Monsieur Hulot. Il ne faudrait pourtant pas oublier Trafic, film trop rarement projeté mais qui a pourtant sa place aux côtés des grands classiques du cinéma français. Dernière grande réalisation du cinéaste, avant le très modeste Parade, Trafic propose un regard amusé les innovations de son temps et en tire tout ce qu’elles peuvent avoir de burlesque. C’est un monde extrêmement cosmopolite qui défile sous nos yeux, où les différentes langues se marmonnent plus qu’elles ne se parlent pour finir par créer un bruit ambiant. Un film à voir tant il dresse un portrait pertinent d’une société alors en devenir, celle-là même que nous connaissons aujourd’hui.

Cours du soir (1947, 35mm, 14’)
Trafic (1971, 35mm, 92’)

Jeudi 31 mars : Patrick Van Antwerpen

Auteur de quelques courts métrages et d’un seul long, Patrick Van Antwerpen compte parmi ces cinéastes belges au style singulier et tristement méconnus. Ami de Boris Lehman avec qui il a souvent travaillé, Van Antwerpen développe un cinéma pauvre en dialogues, privilégiant le comique visuel et l’observation ironique de la vie quotidienne. Basés sur des micro-actions, ses films dépeignent des situations du quotidien avec un regard poétique et décalé. Dans Le Banc (1971), des gens parlent de la pluie et du beau temps; dans L’Autobus (1973), ils discutent en attendant l’arrivée du bus.

Vivement ce soir (1985) est de la même trempe. Se composant comme une succession de micro-séquences, le film se déroule entièrement dans un supermarché. Cela débute avec le réassortiment des rayons tôt le matin et cela termine avec les volets qui se baissent à la sortie des derniers clients de la journée. Le personnage principal, c’est le magasin. A côté de cela, le film présente une galerie de «petits» personnages. Suivant également les clients eux-mêmes dans leurs actions anodines, Patrick Van Antwerpen mêle la fiction et le point de vue documentaire d’une manière étonnante : il examine le comportement des acheteurs lambdas, leurs manies, leurs contradictions, et par elles, celles de notre société. Vivement ce soir souligne à quel point la vie quotidienne s’apparente à un grand théâtre.

Le Banc (1971, 16mm, 9’)
L’Autobus (1973, 35mm, 13’)
Vivement ce soir (1984, 35mm, 80’)


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